Jeudi 20 août 1914

J’ai oublié de dire qu’au signal Allemand, l’ennemi a eu de grandes pertes ; ce qui explique qu’il s’est retiré abandonnant pas mal de matériel.

Vers minuit, nous sommes réveillés. On entend la fusillade. Aussitôt en tenue  nous partons en arrière et arrivons à Hampont où nous nous reposons  quatre heures dans une grange. Au petit jour, nous sommes  debout.  Nous touchons les distributions et mangeons.

Ici encore je revois Continant mais cette fois, nous causons très longtemps.

A 8h nous quittons Hampont. Le régiment est en réserve. Nous cheminons sur la route. A chaque instant on s’arrête et, après une longue pause, nous traversons Durkastel. Nous arrivons à Wuysse où se trouve le 79ème et apprenons  que ce régiment a énormément de blessés.

Les affaires n’ont pas l’air de trop bien aller. Le 26ème  est entré en ligne à son tour. Lui aussi a des pertes.

Nous réquisitionnons chevaux et voitures pour aller faire notre relève.

Nous faisons deux voyages vers une maison forestière qui se trouve à l’entrée des bois et à deux kilomètres en avant de Wuysse. Nous ramenons grand nombre de blessés. D’autres s’en vont ailleurs. La fusillade est très intense et très près. Les balles arrivent à nous. Une équipe avec le commandant major  Wiry s’est même trouvée nez à nez avec une section ennemie qui a eu encore plus peur que nos brancardiers qui étaient sans armes et, peu de temps après, cette section fut faite prisonnière. Nous repartons avec une voiture et rencontrons le 69ème qui se replie mais ne sachant rien, ignorant absolument tout, nous continuons notre route et chargeons nos blessés sur la voiture.

Ceci fait, près de nous, des hommes de la 12èmeCie sortent de la maison forestière en emportant des bouteilles de bon vin. Alors nous, la gueule fine et ignorant tout danger nous partons à cette maison. On descend à la cave, on fait notre petit ravitaillement et on revient vers notre voiture. (Pour ma part j’avais trois bouteilles).

La voiture se remet en route et l’on rentre à Wuysse.

Mon copain Michelot fut blessé légèrement au pied ce jour. Les autres équipes parties dans le bois durent revenir laissant encore beaucoup de blessés surtout du 69ème. L’artillerie allemande tirait sans relâche dans le bois.

Au pays nous nous occupons à faire des pansements.

Arrive notre 12ème Cie  qui a pris une mitrailleuse et fait près de 80 prisonniers. Malgré d’énormes pertes dans ses rangs et son capitaine tué, il reste l’adjudant comme chef de compagnie.

Toute la journée il a fait une chaleur torride et j’ai acheté une bouteille de vin un franc.

A la maison forestière nous avions vu des cochons se balader dans la cour. Notre commandant major envoie aussitôt des musiciens et brancardiers pour en tuer un. Ils partent. Mais à ce moment on entend une fusillade très rapprochée. Des balles arrivent contre les maisons alors nos saigneurs s’en retournent et une voiture de blessés rentre au galop car elle était poursuivie par l’ennemi.

Ce dernier est à quelques cent mètres du village. Arrive une autre section de la 12èmeCie qui se déploie devant les premières maisons  et arrête leur marche en avant.  Les blessés amenés au poste de secours sont vivement rechargés sur les voitures mais il en manque et beaucoup de blessés restent. Michelot est de ceux là. Nous partons à vive allure pendant que le cycliste de la 12ème  frappe à grand coup sur la mitrailleuse prise à l’ennemi pour la briser.

Il n’y a plus personne derrière nous et nous craignons dans notre fuite de voir déboucher  l’ennemi des bois qui longent notre route.

Wuysse est distant de Morhange de trois à quatre kilomètres. Nous continuons toujours très vite notre route. Durkastel flambe bombardé par les nôtres  pour arrêter la marche des Allemands qui l’environnait. Nous apprenons plus tard qu’un bataillon du 79ème est resté là et  s’est fait anéantir pour protéger notre retraite que nous ignorons toujours.

Nous arrivons à Hampont où nous trouvons de l’infanterie coloniale qui se retire aussi. De là nous partons sur Morville où nous devons rejoindre notre régiment. Nous montons une côte à pente très rapide. Là, nous rencontrons le train de ravitaillement allemand pris par notre 3ème bataillon (que j’ai oublié de noter plus haut) avec environ vingt caissons de munitions. Un de ces caissons est arrêté dans un fossé et les conducteurs essayent en vain de l’en retirer. Enfin, après la côte  nous arrivons à Morville. Ici on se repose environ deux heures dans une grange.

Vers minuit et en tenue, nous repartons.

C’est seulement à ce rassemblement que nous apprenons que le 15ème  Corps qui se trouvait à notre droite aurait flanché depuis la veille et par sa faute. Nous sommes obligés de battre en retraite ; de la, l’épisode de la retraite de Morhange.

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