Mardi 24 juin

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Mardi 24 juin 

D’après les journaux il est probable que la signature du traité aura lieu samedi 28 juin à 15h.

Nouvelle violation du traité : les gardes militaires de Berlin se sont emparés de nos drapeaux pris en 1870-71 et pendant cette grande guerre de 1914-1919. Après les avoir enduits de pétrole, ils les ont brûlés au pied de la statue de Frédéric le Grand en chantant leur « Deutschland über alles ». Ces drapeaux devaient nous être restitués. D’autre-part ils prépareraient une offensive contre la Pologne. Tous ces détails de mauvais augure laissent prévoir déjà dans quelles conditions ils rempliront les phases du traité qu’ils prétendent accepter et signer.

A mon avis il nous faudra pendant un certain temps encore leur imposer notre appui militaire pour qu’ils se soumettent.

Le temps se met à la pluie, pour combien de temps ? Pourvu que ça ne dure pas aussi longtemps qu’il vient de faire sec.

Il paraît que la démobilisation reprendrait le 1er juillet…. Ce n’est pas à regret qu’elle sera accueillie.

Lundi 23 juin

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Nous séjournons toujours à la caserne Fayolle. Comme les Boches viennent d’accepter nos conditions de paix, il serait probable que l’on quitte Sarrebrück après la signature pour rejoindre nos casernes de Metz. L’Allemagne doit désigner les plénipotentiaires qui devront quitter Berlin ou Weimar le plus tôt possible via Versailles pour signer le traité. Le temps d’installer les tapis et les tentures dans le Palais des glaces, il se passera encore plusieurs jours. Nous connaîtrons ultérieurement ce jour !

Nous apprenons que les Boches viennent déjà de porter violation au traité de paix en coulant une grande quantité de leurs navires de guerre internés en Irlande et dans leur port de Kiel ; unités qui devaient également nous être destinées. On évalue la perte de tous ces bâtiments qui devaient entrer en possession des alliés à deux milliards.

Décidément bien qu’ils soient vaincus, ils sont durs à se soumettre. On verra ce qu’il adviendra par la suite. Nous ne faisons rien, aucun service de place en ce qui concerne la musique.

Dimanche 22 juin

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Rien d’anormal. Nous restons ici (caserne Fayolle). Nous allons nous promener l’après-midi en bas du plateau à St-Arnnal puis retournons en ville après la soupe. Nous apprenons par dépêche que le gouvernement allemand est reformé.

Le député socialiste Bauer est président du Conseil. Dans la soirée, l’assemblée nationale allemande réunie à la chambre a voté pour l’acceptation de notre traité de paix sans aucune condition ni réserve : 237 voix contre 138 et 5 abstentions.

Les délégués allemands partiront de suite à Versailles pour signer. Il est probable que la signature aura lieu mercredi ou jeudi prochain, le temps d’installer et de préparer le palais des glaces….

Et pendant ce temps et le vouloir de ces messieurs, nous sommes toujours là, attendant nous aussi notre délivrance !

Ça ne presse pas à quelques jours près, depuis près de sept ans qu’ils me tiennent ; ils trouveront bien un jour le moyen de me renvoyer.

Je crois qu’ils sont de complicité avec les Boches pour nous garder le plus longtemps possible, c’est à le croire ! On s’y plait tant au régiment !

Samedi 21 juin

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Pas d’ordre de partir ou de pousser plus avant notre déplacement ou notre occupation. Plusieurs unités du régiment s’en vont soit en ville ou dans les environs assurer foule de postes de police ou de garde. Ce soir nous devons faire retraite aux flambeaux les quatre musiques de la Division (11ème D.I.) ensemble (26ème, 69ème, 37ème, 79ème). Cette retraite a lieu de 10h à 11h du soir et se passe sans aucun incident (aucun applaudissement de la population).

Nous attendons toujours la réponse au sujet de la signature : est ce oui ? Ou bien non ? (Dernier délai : lundi à 19h).

Le gouvernement Scheidemann est renversé et donne sa démission tout en protestant contre nos conditions de paix qu’ils déclarent inacceptables. Brockdorf ne voulant pas revenir à Versailles signer le traité donne également sa démission. Le président Ebert paraît vouloir  quand même rester stoïque  à son poste. Attendons la suite !