Dimanche 22 juin

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Rien d’anormal. Nous restons ici (caserne Fayolle). Nous allons nous promener l’après-midi en bas du plateau à St-Arnnal puis retournons en ville après la soupe. Nous apprenons par dépêche que le gouvernement allemand est reformé.

Le député socialiste Bauer est président du Conseil. Dans la soirée, l’assemblée nationale allemande réunie à la chambre a voté pour l’acceptation de notre traité de paix sans aucune condition ni réserve : 237 voix contre 138 et 5 abstentions.

Les délégués allemands partiront de suite à Versailles pour signer. Il est probable que la signature aura lieu mercredi ou jeudi prochain, le temps d’installer et de préparer le palais des glaces….

Et pendant ce temps et le vouloir de ces messieurs, nous sommes toujours là, attendant nous aussi notre délivrance !

Ça ne presse pas à quelques jours près, depuis près de sept ans qu’ils me tiennent ; ils trouveront bien un jour le moyen de me renvoyer.

Je crois qu’ils sont de complicité avec les Boches pour nous garder le plus longtemps possible, c’est à le croire ! On s’y plait tant au régiment !

Samedi 21 juin

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Pas d’ordre de partir ou de pousser plus avant notre déplacement ou notre occupation. Plusieurs unités du régiment s’en vont soit en ville ou dans les environs assurer foule de postes de police ou de garde. Ce soir nous devons faire retraite aux flambeaux les quatre musiques de la Division (11ème D.I.) ensemble (26ème, 69ème, 37ème, 79ème). Cette retraite a lieu de 10h à 11h du soir et se passe sans aucun incident (aucun applaudissement de la population).

Nous attendons toujours la réponse au sujet de la signature : est ce oui ? Ou bien non ? (Dernier délai : lundi à 19h).

Le gouvernement Scheidemann est renversé et donne sa démission tout en protestant contre nos conditions de paix qu’ils déclarent inacceptables. Brockdorf ne voulant pas revenir à Versailles signer le traité donne également sa démission. Le président Ebert paraît vouloir  quand même rester stoïque  à son poste. Attendons la suite !

Vendredi 20 juin

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Journée de repos. Toujours le temps sec et chaud. Pas une goutte d’eau n’est tombée depuis mon retour de permission. Après la soupe du soir nous allons visiter Sarrebrück.

La ville n’a rien d’extraordinaire, rien de mieux que les nôtres (celles de France). La population paraît nous être hostile et antipathique. Pas de regards en face, pas de sourires. On sent que notre présence chez eux les gêne et les déshonore. Il nous faut changer notre monnaie contre des marks et pfennig. Le cours du mark est de zéro franc quarante-huit. On paye tout à moitié prix. La bière ne vaut pas celle de Nancy ou de Metz. Dans certains cafés il y a aussi des orchestres mais quelle musique à tour de bras ! Enfin rien de bien intéressant pour passer assez agréablement le temps. Nous rentrons à 21h30.

Jeudi 19 juin

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Comme hier à 3h30, nous quittons St-Avold et cheminons vers Sarreguemines, Mayence.

Aujourd’hui longue étape. Vingt-cinq bons kilomètres nous séparent de Sarrebrück où nous devons passer notre journée de repos demain. Nous jouons en traversant Forbach. Nous passons à l’ancienne frontière d’Alsace-Lorraine. Les habitations où étaient installés les anciens postes de douane y sont toujours. Nous approchons enfin de Sarrebrück.

On pensait rentrer directement mais bah ! Trois kilomètres avant, nous faisons grande halte d’une heure et demie et ce n’est pas que cela nous plaise. Pendant ce temps le soleil monte toujours de sorte que nous allons repartir par une extrême chaleur. D’ailleurs c’est ce qui arrive.

Seulement au lieu d’entrer et de défiler en ville avant de nous rendre à notre caserne nous empruntons un chemin de traverse ce qui nous évitera de souffler en ville.

Ce chemin nous emmène directement à la caserne. Elle est toute neuve, même pas complètement terminée et était réservée à un régiment d’artillerie boche. Ce bâtiment où tout le confort  règne couronne un beau plateau qui domine la ville ainsi que la belle vallée de la Sarre. A 1h de l’après-midi nous sommes installés dans une chambre, couchettes en bois, installations électriques etc. Aujourd’hui je suis bien fatigué et Sarrebrück ne me verra pas ce soir car d’ici nous en sommes à trois kilomètres. Au bas du plateau le train peut nous y emmener. Nous verrons demain.