Du 3 au 30 mai

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Séjour à notre caserne Chambières. Services de place répartis entre nous et le 52ème. Une musique est de service une semaine sur deux.

Le traité de paix est remis à la délégation allemande à Versailles le 7 mai.

Un temps déterminé leur est accordé pour en prendre connaissance et présenter s’il y a lieu leurs contre-propositions. Quant à la signature il ne faut pas y compter avant le 15 du mois prochain. Rien à signaler jusqu’à ce jour. Nous ignorons les conditions de paix imposées à l’Allemagne.

Retraite aux flambeaux tous les samedis soirs.

Vendredi 2 mai

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Nous continuons notre installation électrique. Des copains rentrent de perme un peu à toute heure durant la journée. Nous avons la visite du chef et du sous-chef qui eux sont rentrés aussi d’hier. Nous ne faisons rien de la journée et aussitôt après la soupe du soir, nous allons faire un petit tour en ville.

Nous traversons la place Fabert ou place de l’hôtel de ville avec en face la cathédrale. Cette place est un peu resserrée et est loin d’égaler la place Stanislas de Nancy. Les tramways (deux voitures) sillonnent partout. Nous passons dans la rue Serpenoise (grande rue commerçante). Ma foi, nous remarquons des devantures et des vitrines assez coquettement achalandées. Le ravitaillement doit arriver régulièrement. L’Esplanade formée par les jardins et promenades sont pour la ville un lieu de repos, de promenades et d’agrément. D’un côté de grandes allées plantées de marronniers et de l’autre des tilleuls ; à un bout la statue du maréchal Ney, le jet d’eau et le bassin ; au milieu le kiosque à musique et à l’autre bout une fontaine. Il existe journellement un service de transport par bateau à vapeur de Metz à Moulins ; jolie promenade par la vallée de la Moselle.

La place de Metz est entourée de redoutables fortifications, enceinte de murailles, redoutes, arsenaux, bras de Moselle, ponts dont les abords sont défendus par des constructions bizarres masquant des travaux de défense.

Au loin les montagnes* et côteaux environnants sont couronnés de forts tels le mont St-Quentin, le plateau de Gravelotte et beaucoup d’autres vers Pagny-sur-Moselle. Ceux là surplombent la belle vallée de la Moselle. Une quantité de casernes et de bâtiments militaires occupent largement un tiers de la ville. Je pense bien que la garnison de Metz à elle seule devait égaler celles de Nancy et Toul réunies. Enfin pour résumer, Metz était classée comme place forte de premier ordre.

Un petit tour en ville : les rues sont en général étroites mais les boulevards extérieurs sont magnifiques, très larges et les promenades ombragées de chaque côté. Nombreux établissements et immeubles construits sur le style allemand : ouvertures rectangulaires et toitures bizarres, pierre rougeâtre en partie telle la gare  et en face l’hôtel des postes.

La gare est immense et bien aménagée. Tout le confort y règne. Des buffets immenses, salles de jeux, buvettes, fumoirs, salles d’attente, salles de douches et bains, consignes etc., etc. L’intérieur ressemble à une église avec des vitraux coloriés partout et des parois en carreaux émaillés. Le tout est voûté et supporté par de grosses colonnes avec des passages souterrains pour aborder les quais. Enfin c’est une construction colossale qui de l’extérieur n’a pas un beau coup d’œil. Elle ressemble plutôt à un château féodal surmonté de son donjon du haut duquel plusieurs cadrans indiquent l’heure de gare dans un rayon très espacé.

Presque partout en ville il y a des horloges électriques et l’éclairage des principales rues est donné par de gros globes incandescents électriques suspendus au milieu de la chaussée et à intervalles assez rapprochés.

*les côtes de Moselle

Jeudi 1er mai 1919

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Nous quittons Favresse vers 1h30 et roulons vers Bar-le-Duc, Commercy. Maintenant il fait jour. Dehors la pluie tombe et la neige fond peu à peu. Nous passons Toul et à Frouard, au lieu de continuer sur Nancy, nous bifurquons vers Pont-à-Mousson, Pagny-sur-Moselle (ancienne gare frontière) puis nous rentrons en Lorraine annexée, pour arriver à la grande gare de marchandises et  triage de Metz Sablon et ensuite à la gare centrale de voyageurs de Metz. Notre train ne s’y arrête pas. Nous remarquons seulement le grand hall vitré, « construction kolossale » et les passages souterrains. Nous continuons à Metz nord et descendons à la gare de permissionnaires de Metz-Woippy à 11h et quart. Nous sommes déjà éloignés de la ville de deux bons kilomètres et il  faut revenir sur nos pas pour aller à notre caserne qui se trouve en ville près de l’usine électrique (casernes Chambières – cour Marceau). Nous cassons la croûte dans un café avant de rentrer au quartier. Il ne faut pas séjourner longtemps en ville aujourd’hui car à l’occasion du 1er mai la ville est consignée à toute la troupe jusqu’à minuit. Seules les patrouilles s’y promènent pour s’assurer que le calme y règne et qu’il n’y a pas d’outrageuses manifestations.

Vers 14h nous nous décidons de rentrer au quartier car il n’y a certainement  rien d’installé pour nous recevoir étant donné que toute la Musique était en perme et que nous rentrons dans les premiers. Au bureau de la Cie H.R. on nous indique quel bâtiment et quelles chambres nous devons occuper. Ayant tous les renseignements nécessaires nous allons au 2ème étage et trouvons les chambres qui nous sont réservées dans un désordre et une malpropreté nauséabonde. Les bras nous en tombent. Il nous faut commencer par tout nettoyer avant d’aménager.

Nous allons à d’autres étages dans des chambres inoccupées afin d’y trouver le matériel dont nous avons besoin : couchettes en fer, tables, bancs etc. ensuite paillasses que nous bourrons de crin végétal, sacs de couchage et enfin nous trouvons nos sacs.

La nuit arrive et notre chambrée est terminée. Il ne nous reste plus qu’à installer l’éclairage électrique. Pour ce soir, nous prendrons des bougies. Impossible d’aller faire un tour en ville le quartier étant consigné.