Dimanche 31 mars

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Nous traversons Châlons dans la nuit et au petit jour nous ne sommes qu’à Epernay. Ensuite, nous passons Dormans, Château-Thierry, La-Tilly, Neuilly-St-Front (Aisne), La-Ferté-Milon, Villers-Cauterets, Béthisy (Oise), Pont-St-Maxence (où est installé la D.I.* et l’I.D. ** et nous descendons enfin à la tombée de la nuit à Fleurines.

Quel voyage tout de même. Au moins deux cents kilomètres là dedans. On était entassés (dix-huit par camions) ; à peine la place pour se remuer et faire un mouvement. On en a les jambes meurtries et on ne sent plus ses fesses. Il était  temps que l’on descende. Il nous reste encore cinq kilomètres à faire à pied pour arriver au cantonnement (Mont-la-Ville et Verneuil-sur-Oise).

La marche  est pénible car nous sommes avachis.

Comme nous ne nous sommes pas reposés la nuit dernière, on n’aura pas à nous bercer pour nous endormir ce soir.

Nous nous installons dans une grande grange sur de la paille et nous cassons une croûte avant de nous coucher vers 23h.

Dans le courant de la nuit des avions ennemis laissent tomber des bombes sur Creil qui est à quatre kilomètres d’ici. Nous entendons très distinctement les éclatements et même le ronflement des moteurs.

*division d’infanterie

**infanterie divisionnaire

Samedi 30 mars

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Journée de pluie. Nous restons dans le cantonnement toujours en alerte en   attendant l’heure de l’embarquement. Cet ordre n’arrive qu’à la nuit. L’embarquement en autos aura lieu sur la grand-route de Vitry à Châlons vers minuit. Nous quittons le village vers 23h. A minuit le convoi s’ébranle et nous ignorons encore où nous allons échouer demain.

Nous avons touché pour deux jours de vivres.

Vendredi 29 mars

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Réveil à 6h. En hâte nous montons nos sacs et rassemblons nos affaires.

Dehors la pluie tombe mais très fine. Nous quittons St-Quentin-les-Marais à 7h30 et  marchons vers Châlons-sur-Marne. La marche est pénible car il y a près de dix-huit kilomètres à faire et le chargement n’a pas été allégé au contraire. En cours de route nous touchons le ravitaillement pour la journée de demain.

Le bataillon qui nous suit touche outils et cartouches durant la grande halte. Alors ça ne va pas mieux, c’est bien mauvais signe. Nous ne verrons nos voitures que dans quatre jours. Nous devons rester en cantonnement d’alerte au village de St-Germain la-Ville (Marne) et il est probable que nous embarquions en autos pendant la nuit. Nous arrivons au village de St-Germain vers 14h et nous ne pouvons nous installer de suite dans les cantonnements car ils sont encore occupés par le 39ème  d’infanterie (8ème Corps). Ces derniers embarquent en autos vers 16h.

En attendant la place nous cassons la croûte et aussitôt le 39ème parti nous nous

installons dans le cantonnement du reste très bien aménagé. Maintenant reste à savoir si nous passerons toute notre nuit tranquille ici. La pluie a cessé de tomber dès notre arrivée.

D’après les nouvelles du jour l’avance de l’ennemi aurait été contenue et vers Montdidier nous aurions passé à la contre-offensive en reprenant trois villages à l’ennemi. Enfin espérons que nos généraux pourront parer avantageusement à ces éventualités et même déjouer le plan de ces fameux Boches qui sont réellement encore forts.

Dans la soirée il n’arrive aucun ordre de départ pour la nuit alors nous nous couchons.

Jeudi 28 mars

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Au réveil nous apprenons que notre départ n’aura lieu que demain 29. Nous reprenons notre vie, les occupations des jours précédents et personne ne s’en fait.

Journée de repos. Nous ne faisons pas de musique.

Le communiqué accuse la prise de Montdidier. Vraiment les nouvelles ne sont pas satisfaisantes pas même rassurantes.

La pluie commence à tomber à la nuit. Départ demain matin vers 7h.