Dimanche 24 février

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Temps couvert et brumeux. Par moment le vent nous amène un air malsain à respirer et peu de temps après notre lever nous apprenons que les Boches ont lancé des obus à l’ypérite dans le ravin d’Heurias ou de Louvemont à diverses reprises durant la nuit.

 

La 2ème équipe étant de jour est envoyée au 1er bataillon en réserve maintenant dans ce ravin pour désinfecter et répandre  du chlorure de chaux un peu partout.

Vers 10h les Boches recommencent mais cette fois dans notre ravin (ravin le Prêtre) ils en lancent environ cinquante. Nous fermons hermétiquement notre porte, allumons la lampe, le masque pendu au cou et nous deux Gugusse nous mangeons la soupe en attendant… qu’ils cessent. Heureux que la séance ne dure pas longtemps.

Quand nous mettons notre nez dehors après la soupe, l’odeur du gaz est très faible et ça sent un peu tout ce que l’on veut : parfois une odeur de violette, de chocolat, de menthe ou un vieux goût de marée, mais quelque soit l’arôme il faut s’en méfier et suivre les prescriptions qui nous ont été données à ce sujet.

Inutile de faire le fanfaron ou l’imprudent.

Après-midi tranquille. Aussitôt après la soupe du soir nous partons (4ème équipe) pour réapprovisionner le poste en pansements, graisse à pieds chlorure de chaux, etc. Nous prenons plusieurs bains de pieds dans cet interminable boyau tortueux et nous faisons vite voulant profiter du calme qui régnait.

Dans toutes les vallées le gaz ypérite se sent encore mais la densité est très faible. Nous rencontrons les mulets et les bourricots chargés de matériel en revenant. Comme nous descendons de Montsapin, les Boches bombardent à nouveau le ravin de Louvemont avec des obus à gaz ypérite.

Alors, au lieu de suivre une partie de cette vallée pour reprendre ensuite notre boyau A2, nous préférons passer en terrain découvert et marcher droit devant nous  vers nos sapes qui sont de l’autre côté de la côte ; de sorte qu’en passant par-dessus la crête nous sentirons moins les gaz car ces derniers sont plus lourds que l’air et s’amassent dans les vallées.

Nous arrivons enfin à nos sapes mais à peine rentrés, des obus passent au-dessus de nous et vont éclater vers le poste de secours des G.B.D. (226ème). A l’éclatement nous reconnaissons bien quels sont ces obus et il n’y a plus de doute. Ceux du ravin de Louvemont, d’Heurias tournent à toute volée pour prévenir de la présence des gaz afin de  prendre les dispositions nécessaires pour écarter tout danger.

Enfin la porte bien fermée nous nous endormons nous deux Gugusse.

Nous apprenons que trois cents hommes du régiment ont été évacués rien que par intoxication ces jours-ci sans compter les grands blessés, les blessés légers et les tués.

Le commandant de notre 3ème bataillon, un lieutenant un caporal et le médecin major de ce même bataillon sont évacués  ce matin pour intoxication.

Il reste trois survivants à la C.M.3. Presque toute la 11ème Cie est à l’infirmerie à Verdun et le bataillon (3ème) qui est en ligne en ce moment pense être relevé demain soir.

Les deux autres bataillons du 26ème  sont beaucoup moins éprouvés que celui-là.

Samedi 23 février

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De très bonne heure, à 4h toutes les équipes sont demandées au relais de Montsapin.

Nous attendons sur place deux heures en plein vent, la pluie tombe fine et le jour commence à poindre à l’horizon.

A 6h, deux blessés légers à la tête arrivent en marchant ; le 3ème est un mort qu’une équipe du 2ème bataillon nous amène. Nous le transportons au 226.

Comme à chaque fois nous sommes dérangés inutilement. Quelle administration le service de santé ! Dire qu’il en a toujours été ainsi ! Et ce n’est pas prêt de changer je crois !

Ces blessés et ce mort ont été victimes cette nuit de leur inconscience. Etant en petit poste avancé et prévenus de rentrer dans les lignes à l’approche d’une patrouille ennemie, ils se sont affolés et au  lieu de revenir par le boyau, ils ont grimpé sur le parapet. Nos sentinelles attirées par le bruit qu’ils firent car entravés dans les réseaux de fils barbelés déclanchèrent une fusillade sur eux à l’aide de fusils mitrailleurs. Les imprudents furent touchés et appelèrent au secours malheureusement trop tard. Naturellement c’est très cruel de la part de ceux qui ont tiré mais malgré tout on n’a rien à leur reprocher. Ces postes ne plaisantent pas !

Nous rentrons pour boire le jus et ensuite nous faisons  plusieurs  voyages  du poste de secours  central au poste de secours des G.B.D. 226 pour ramener de nouveaux masques, du chlorure de chaux, des Tissots*, etc., etc.

La pluie cesse mais le temps reste couvert et brumeux. Grande accalmie comme hier. Dans l’après-midi une de nos équipes est évacuée pour oreillons.

Nous portons huit vermorels à Ancenis (4ème et 5ème équipe). Deux autres sont également portés au poste de secours du Prophète.

Vers 19h30 trois équipes sont encore demandées au relais de Montsapin. Nous partons (les 2èmes, 4èmes, et 5èmes). En chemin nous rencontrons une équipe de G.B.D. ramenant un chasseur. Une équipe du 2ème bataillon nous amène un blessé et derrière suivent à pied deux autres blessés légers. Une de nos équipes les prend  en charge et nous attendons les deux autres grands blessés à venir.

Une heure passe et rebutés d’attendre nous jugeons de redescendre nous coucher. Certainement il y a eu erreur comme ce matin, ça ne changera donc pas ! Ils pourraient téléphoner, de cette façon ne se dérangeraient que les équipes utiles puisque les blessés légers reviennent à pied. Mais non, ce serait trop simple ! Ce ne serait pas militaire ! Il faut du compliqué, quelque chose d’incompréhensible et la vieille devise : « Il ne faut pas chercher à comprendre », restera encore longtemps mémorable dans l’armée.

Nous rendons compte de notre dérangement inutile à notre médecin-chef en rentrant et ensuite nous allons nous coucher.

A peine allongés, on entend une rafale d’obus s’abattant dans le ravin d’Heurias et d’Ancenis. A l’éclatement il n’y a aucun doute ; ce sont certainement  des gaz.

Enfin on s’endort la porte de la sape hermétiquement fermée et la boite à masque à côté de soi. Drôle de vie tout de même.

Relève du 2ème bataillon de chasseurs par le 4ème bataillon.

*Tissot : nom de son inventeur. Vu son encombrement, l’appareil est réservé uniquement aux postes fixes pour se protéger des gaz.

Vendredi 22 février

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Temps brumeux et incertain.

Notre équipe est de ravitaillement. Marius va mieux. Parmi les sept ou huit musiciens intoxiqués par les gaz et descendus à l’infirmerie régimentaire de Verdun, cinq sont évacués et ceux qui restent vont mieux. Pour nous, (les quatre équipes et le personnel du poste de secours central), rien à signaler au point de vue santé.

Vers 9h la pluie commence à tomber jusqu’à la nuit.

Grande accalmie sur tout le secteur, pas de coups de canon.

L’état ayant supprimé la vente de bougies dans les coopératives et ne pouvant en trouver partout ailleurs, nous sommes réduits à l’éclairage au pétrole. Mais point de lampes naturellement ! Nous sommes obligés d’en fabriquer avec des boites de conserves, etc.  J’ai trouvé une petite lampe à acétylène que Marius a ressoudée et elle marche. Je me procure du carbure à droite et à gauche  de sorte que maintenant nous nous éclairons aux frais de l’état.

Pensant tirer bénéfice sur le port des colis de bougies d’un kilo que l’on aurait pu recevoir, ils en sont dupes. S’ils apprenaient la nouvelle combinaison du système D… ils nous rendraient bien vite nos bougies.

Nous ne faisons absolument rien de la journée.

A minuit la 2ème équipe est réveillée pour aller au devant d’un blessé à Montsapin. La pluie tombe toujours.

Jeudi 21 février

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Quand nous sortons de la sape nous sommes surpris de voir le temps. La pluie est tombée très fine de bon matin et le brouillard est très épais.

Mon équipe est de ravitaillement. Bosset vient  comme de coutume  chaque matin vers 6h30. Il nous donne de bonnes nouvelles de Marius.

Très grande accalmie toute la matinée. Vers 9h deux équipes (2ème et 4ème) sont envoyées au Prophète pour porter de la solution d’hyposulfite dans des brochons. Pendant ce temps les autres équipes sont employées à d’autres corvées. Notre voyage se passe très bien. Nous rentrons pour la soupe (10h30). Le brouillard s’élève vers midi et le soleil donne ensuite.

Activité des deux artilleries (contre-avions et contre-batteries).

A 16h mon équipe (4ème) porte à Montsapin et au P.C. un vermorel et de l’hyposulfite. A la nuit la 2ème et la 5ème retournent au Prophète réapprovisionner comme ce matin en hyposulfite.

Mon équipe est de garde pour prévenir  en cas d’émissions de gaz. Je prends de 4h à 6h demain matin.

Il y a deux ans aujourd’hui qu’a eu lieu la première attaque ennemie sur les secteurs de la place forte de Verdun. « Ils n’ont pas passé » et nous pouvons être fiers aujourd’hui de notre victoire, mieux encore : fêter l’anniversaire de leur sanglant échec.