Jeudi 28 février

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Temps très humide comme hier. Nous faisons sitôt le réveil un voyage du poste de secours (226) au poste de secours  central pour ramener des caisses contenant des « Vermorel ». La neige fait sa réapparition durant l’après-midi.

Nous deux Gugusse nous nous recouchons toute la soirée. Au moins, là on a chaud aux pieds. Pas de blessés ni de malades de signalés.

Ah ! Nous touchons tout de même le nouveau masque contre les gaz (système A R S, récent modèle)

Mercredi 27 février

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Temps couvert et très brumeux. La pluie tombe pendant toute la journée.

Presque toute la 6ème Cie du 26ème arrive à la visite au poste de secours et tous sont évacués pour intoxication à l’ypérite. Il reste à la compagnie un caporal et trois hommes. Rien à signaler sur l’étendue du secteur. C’est le calme absolu aussi nous préférons ce temps brumeux et pluvieux au beau temps. L’artillerie dort et ne harcèle pas. C’est la tranquillité rêvée. Nous souhaitons ce temps là jusqu’à la relève du régiment. Certains bruits l’annoncent pour le 4 ou 5 mars…vivement !!! N’ayant point d’ouvrage nous restons couchés. On se lève juste pour manger la soupe.

A la nuit la pluie tombe toujours, le vent souffle.

Mardi 26 février

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De très bonne heure les deux artilleries sont en activité intense.

Que se passe-t-il encore ?

Vers 5h, trois équipes sont demandées pour Montsapin. On se lève et comme nous nous chaussions arrive un contre-ordre. Le message téléphonique n’était pas pour le poste de secours central du 26ème. Un téléphoniste avait fait une erreur de numéro. Nous nous recouchons en attendant le jour.

Le temps s’éveille admirablement et le soleil devient déjà bon. Malgré tout, nous préférons le temps pluvieux ou brumeux… pour la tranquillité.

Quelques gros obus mélangés  d’obus à gaz tombent vers 8h dans le fond de notre ravin. Pas d’accident fâcheux à signaler. Vers 8h30 les 4ème et 5ème équipe sont envoyées au devant de deux blessés au relais de Montsapin. Il nous faut mettre notre masque pour passer dans le boyau qui conduit au relais. Le boyau fut bombardé ce matin de bonne heure avec des obus à gaz ypérite. Nous sommes même obligés de nous baisser le plus possible en marchant car certains endroits sont surveillés par les « drachens » qui sont en face de nous. Bien entendu ce n’est pas utile de leur dévoiler notre présence de crainte d’être bombardés.

L’homme qui nous est amené n’est pas un blessé mais un intoxiqué. En le ramenant, quelques rafales d’obus à gaz ne tombent pas très loin de nous, aussi nous ne nous attardons pas. Nous arrivons enfin au poste de secours central. Essoufflés sous notre masque et ruisselants de sueur. Nous reprenons haleine un instant et nous le transportons ensuite au (226).

Après-midi très mouvementé. Beaucoup d’avions ennemis nous surveillent. Tirs incessants contre-avions et contre-batteries. Canonnade très intense à notre droite vers Douaumont ou Vaux. Défilé d’hommes intoxiqués au poste de secours, un blessé également.

De nouveaux  modèles de masques (A.R.S)* sont arrivés. Les compagnies de mitrailleuses en sont déjà pourvues et les officiers aussi. Mais plutôt que d’en donner au personnel sanitaire, on préfère en donner aux ordonnances etc. Enfin ça ne changera jamais, pour n’importe quel service, c’est de même…

Ce matin les Boches ont tenté un coup de main sur nos avant-postes. Nos guetteurs étaient rentrés dans notre tranchée de première ligne de sorte qu’ils ne trouvèrent personne. Nos mitrailleuses et le barrage de nos « 75 »  les ont dispersés. Il n’y a pas eu de blessés.

A l’heure actuelle, on dénombre plus de cinq cents hommes évacués au régiment par suite d’intoxication lente. Deux équipes marchent pendant la 1ère partie de la nuit, elles ramènent également deux officiers intoxiqués du relais de Montsapin.

Nuit calme, la pluie commence à tomber.

*Appareillage respiratoire spécial

Lundi 25 février

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Même temps que précédemment. Mon équipe est de ravitaillement ce matin.

La pluie tombe de 10h à 15h. Nous faisons plusieurs voyages du poste de secours (226) au poste de secours central du 26ème. Nous ramenons des caisses de nouveaux masques, du chlorure de chaux et toute sortes de désinfectants.

Les Boches bombardent le ravin de Neuville situé entre Beaumont et le Prophète pendant quelques heures. Notre artillerie est plutôt très calme.

Le tour de permissions ne va pas très vite en  ce moment. Le régiment est très en retard. Espérons qu’au prochain repos ce retard sera vite rattrapé et que le pourcentage sera plus élevé pendant un certain temps sans quoi il n’y aurait plus moyen d’en sortir.

Un renfort venant du C.I.D* vient d’arriver au régiment pour combler les vides et remplacer beaucoup d’évacués du 3ème bataillon.

Ces nouveaux arrivants sont en partie tous « des gamins de la classe 18 ».

A eux tout le bonheur…

Le bombardement fut intermittent  tout l’après-midi ; il montra même une plus grande activité en approchant de la nuit. Nos 75 étaient furieux. Mon équipe est de garde pour les gaz. Cette nuit, je prends de 21h à minuit.

Beau clair de lune, le calme s’est rétabli dans tout le secteur.

*centre d’instruction divisionnaire