Lundi 31 juillet 1916

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Comme hier, belle journée. Les équipes parties la nuit sont rentrées et tous les postes de secours sont déblayés. C’est mon équipe qui ramène le dernier.

L’attaque d’hier a été sans succès pour nous. Il y avait trop de brouillard à 4h 45 du matin. Nous avons eu quelques sections de faites prisonnières et de notre côté on en faisait autant pour les Boches.

Ce fut un mélange incompréhensible de régiments entre nous et l’adversaire. Nous avons pour ainsi dire très peu progressé et nous nous retirons avec beaucoup de blessés et plusieurs officiers tués notamment le commandant de notre 3ème bataillon.

Nos postes de secours avancés étaient installés dans des anciens emplacements de batterie de 77m/m boches. Ces sapes creusées dans le talus qui borde la route de Curlu à Maurepas nous faisant face avaient été abominablement retournées  et fouillées de fond en comble par notre artillerie. Les Boches sont arrivés avec chevaux et avant-train pour sauver leurs pièces qui étaient repérées mais à leur tour ils furent pris dans notre violent feu de barrage et il leur a fallu laisser tout ce matériel entre nos mains et abandonner leurs batteries en vitesse.

Grand nombre de paniers d’obus sont abandonnés dans les sapes et le long du ravin.

Quand nous faisions notre relève de blessés de ce ravin au boyau de la Varlope, nous avions un tout petit boyau mal commode et nous prenions une petite piste en terrain découvert où nous risquions de nous « faire sonner » jusqu’au bois de l’Endurance.

Aussi heureusement pour nous, aucun malheur ne nous est arrivé et cette fois nous nous en sommes encore sortis.

Ce soir le 37ème nous relève. Le 2ème et le 3ème bataillon du 26ème vont bivouaquer dans un bois entre Suzanne et Bray et le 1er bataillon reste en réserve du 37ème  au bois de l’Endurance pendant quelques jours.

Nous, regagnons nos sapes près du cimetière de Maricourt.

Bombardement intense de nos grosses pièces sur le secteur de Maurepas et Hardecourt pendant tout l’après-midi.

Dimanche 30 juillet 1916

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Journée splendide mais pas pour le régiment. L’attaque a eu lieu ce matin au petit jour et sans résultats pour nous. Beaucoup de blessés et plusieurs officiers sont tués.

Le résultat ne nous a pas du tout surpris : faute commise par nos généraux.

La préparation d’attaque par l’artillerie a été presque nulle, certains réseaux de fils de fer n’étaient pas touchés.

Les blessés affluent au poste de secours et nous ne pouvons les emmener en plein jour car les Boches n’arrêtent pas leur tir de barrage au moyen de gros obus.

Leur bombardement cesse vers 15h. Alors nous profitons de cette accalmie pour ramener un blessé car ce qui nous presse, c’est que nous n’avons rien dans le ventre depuis 5h et demie hier soir et comme de juste les forces nous manquent complètement. De plus, l’extrême chaleur nous abat. Tant bien que mal, nous arrivons pour la soupe du soir extrêmement fatigués. Je ne peux manger et  me couche aussitôt.

Toutes les autres équipes partent à la relève durant toute la nuit. Les brancardiers du 37ème et les divisionnaires nous ont aidé car nous ne nous en serions jamais sortis tellement nous avions de blessés.

Samedi 29 juillet 1916

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Beau temps. L’équipe du poste de secours est relevée à midi par une autre (celle de Marius).

Pendant la matinée tout est calme et nous allons à plusieurs voir la destruction des pièces anglaises qui ont sauté hier. C’est un tableau affreux et macabre. Une pièce fut déplacée et jetée sur le côté ; les entonnoirs mesurent de dix à douze mètres de diamètre et sont profonds de trois mètres cinquante environ. Il y a eu quinze tués et blessés.

Activité d’artillerie de part et d’autre durant tout l’après-midi. Nous préparons l’attaque de demain sur Maurepas. Quatre équipes repartent à la piste à 21h. Une autre monte en permanence au poste de secours du 1er bataillon et deux autres au transport de matériel.

Enfin on est demandé de tous côtés.

Nous sommes musiciens, brancardiers, pionniers, portefaix,* etc., etc. Nous ne chômons pas et ce n’est pas tout. Cette nuit nous devons évacuer nos sapes pour aller occuper l’ancien poste de commandement du colonel (boyau T6), nouvelle résidence pour nous.

Nos sapes vont être occupées par la musique du 37ème. Pour l’attaque de demain le 37ème d’infanterie est en réserve de notre brigade et le 79ème d’infanterie est en réserve du Corps d’armée. Cette nuit mon équipe est de repos.

A 21h30 nous partons occuper les sapes du boyau T6 désignées plus haut. Tant bien que mal on s’installe ; mais pas pour longtemps car à 23h on demande mon équipe  au poste de secours avancé. Nous partons aussitôt. Le poste de secours est installé de l’autre coté de la route de Curlu à Maurepas. En arrivant, pas de blessés à transporter, on s’en doutait !

*homme dont le métier est de porter des fardeaux

Vendredi 28 juillet

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Beau temps. Nous restons dans nos sapes car il n’y a pour ainsi dire pas de blessés.

A midi deux équipes montent au poste de secours avancé pour assurer le service pendant vingt quatre heures. La soupe leur sera portée ce soir.

Quatre équipes sont demandées pour établir une piste depuis les anciennes deuxièmes lignes boches jusqu’au calvaire de la route de Péronne. Ce chemin servira pour évacuer les blessés au moyen des charrettes puis les autos viendront jusqu’au carrefour.

Durant l’après-midi les Boches bombardent les abords du village de Maricourt tout en cherchant à démolir une batterie de 200m/m. les marmites qu’ils envoient sont des 305m/m si ce n’est pas des 370m/m. Elles éclatent environ à cent cinquante, deux cents mètres de nous et les explosions ébranlent même nos sapes. Le déplacement d’air éteint nos bougies ; malgré tout, l’étayage de notre sape ne bouge pas.

Vers la soirée nous apprenons que deux de ces pièces lourdes anglaises repérées ont sauté ; les « marmites » tombant en plein dessus.

A 21h nos quatre équipes et la mienne comprise (3ème) partent faire la piste.  Nous rentrons à 2h15 du matin. Pendant la nuit les Boches ont attaqué notre secteur et celui des anglais à la grenade, par surprise et sans préparation d’artillerie.

Nos pièces tonnent formidablement et enrayent leur attaque. Au bout d’une demi- heure tout redevient calme.

Nous avons donc encore assisté à un feu d’artifice merveilleux car grand nombre de fusées lumineuses de toutes couleurs montaient vers le ciel pour éclairer le théâtre de l’attaque.

Peu de blessés à ramener. L’équipe partie en permanence au poste de secours pour vingt-quatre heures a suffi.