Dimanche 26 septembre 1915

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Voici le jour, nous avons toujours des blessés mais plus gravement atteints. Ce sont ceux qui n’ont pu faire aucun mouvement et qui se trouvent les plus éloignés. Et, les plus difficile à atteindre se trouvent évacués les derniers.

Maintenant l’artillerie ennemie commence à riposter sérieusement et notre boyau d’évacuation se fait sonner en plusieurs endroits. Le parapet est éboulé et nous avons toujours la chance de nous trouver ailleurs qu’à l’endroit où les obus tombent. Ils nous suivent mais pas un de nous n’est touché. Pourtant il  s’en faut de peu.

L’attaque continue menée par le 418ème, le 69ème et le 4ème chasseur mais elle n’avance pas beaucoup. Malgré cela, il y a encore des prisonniers de faits. Nous continuons toute la journée et la nuit notre service en mangeant à tour de rôle.

Ça m’étonne même que l’on tienne encore debout. Je suis déjà bien fatigué et en voilà encore pour longtemps ainsi.

Temps couvert très humide, brouillard épais.

Samedi 25 septembre 1915

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A 2h du matin, debout !

Je monte mon  sac et au jus. A deux heures et demie départ. Après avoir fait cinq cents mètres dans la direction de Wargemoulin, nous prenons une route d’artillerie qui nous conduit au boyau C4 lequel est réservé au 26ème de ligne et à ses renforts pour les besoins d’attaque.

Il y a des boyaux jusqu’à C15 pour le Corps d’armée dont deux pour l’évacuation des blessés dans lesquels une voiture peut passer avec emplacements pour se croiser tous les cent mètres. Tous les boyaux traversent et ont accès à la route de Mesnil- les-Hurlus et de là une multitude de ramifications vont aux premières lignes.

A 4h : pause. Nous arrivons sur cette route le long de laquelle nous trouvons un abri solide dans lequel nous pouvons attendre l’heure où le service sanitaire aura besoin de nous. A peine sommes nous arrivés que la canonnade (qui s’était bornée jusque là au tir de grosse artillerie), augmente d’intensité. Toutes les batteries, petits, moyens et gros calibres se mettent de la partie. Leur tir est encore mesuré mais peu à peu augmente de vitesse. Vers 9h, le tir devient toujours de plus en plus rapide pour arriver à son maximum vers 9h et quart.

Alors c’est un bombardement terrible, la terre tremble, nous n’entendons plus les coups, ce n’est qu’un chaos dans notre tête où il se produit un roulement à tout faire craquer et dans lequel pourtant il faut savoir penser et marcher.

A 9h 10, les mines sautent. Tremblement de terre violent, cataclysme  au milieu d’un ouragan de feu et de fer (très impressionnant)

 

A 9h et quart (heure officielle communiquée par l’armée), toute notre ligne d’infanterie doit se précipiter en avant pour surprendre l’ennemi réfugié dans ses abris (s’il n’est pas tué) pendant que l’artillerie allonge son tir et avant qu’il n’ait le temps d’en sortir.

Ce bon, cet élan réussit au 26ème ; il arrive rapidement à la première tranchée ennemie sans essuyer un coup de feu et la traverse. Les sections de nettoyeurs viennent aussitôt derrière. Ceux-ci à coup de grenades empêchent les Boches qui sont encore terrés de sortir ou bien ils les font prisonniers. L’avance continue, l’artillerie fauche toujours à la même intensité (quel concert !).

La deuxième ligne est atteinte, même travail pour ceux qui suivent.

Puis la troisième et nos hommes veulent continuer plus avant… mais à ce moment, débouche une contre-attaque ennemie. Nos troupes essaient de résister mais ils ne sont plus assez nombreux et il faut se replier. L’artillerie ne peut être d’aucun secours car ceci se passe derrière une crête prise un instant par nous et où le tir des pièces ne peut être repéré.

Nos hommes se voyant obligés de se retirer ne font plus de prisonniers et ceux de l’ennemi qui sont à la 3ème ligne tombent sous leurs coups. A la deuxième ligne notre recul s’arrête et nous gardons ainsi sept  à huit cents mètres de terrain.

Vers midi nous commençons à faire notre service de brancardier. Un boyau spécial nous est réservé. A un bout est installé le poste de secours avancé vers nos troisièmes lignes et à l’autre, il donne accès dans les caves de la ferme de Beauséjour  où est installé le poste d’évacuation.

Parmi les blessés beaucoup sont atteints légèrement soit aux jambes ou aux bras. Ceux que nous transportons ne le sont pas gravement non plus. D’après leurs renseignements, le nombre des tués est relativement peu élevé.

Malheureusement nous avons vingt-cinq officiers hors de combat ce qui démonte les cadres. Durant la nuit nous ne cessons pas de travailler.

Notre première ligne est partie  entre les 2ème et 3ème anciennes lignes allemandes. Il arrive toujours des blessés. Notre canonnade diminue d’intensité petit à petit. Nuit très humide, beaucoup de brouillard.

Vendredi 24 septembre 1915

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Temps très chaud. Dès le réveil je vais laver : chemises, flanelles près de laTourbe. Artillerie calme. Les bruits courent que l’attaque est pour demain 25. « Attendons ! ». Nous sommes toujours dans nos abris le long du talus qui borde la route de Laval, Wargemoulin, Minaucourt, Beauséjour. Durant l’après-midi, nos pièces tirent normalement, sans trop bombarder. Il passe sans cesse autos, camions et caissons chargés d’obus.

Pour l’attaque, les couvre-pieds des hommes de compagnie sont ramassés afin d’alléger un peu leur sac.

Jeudi 23 septembre 1915

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Notre talus est exposé à l’est. Dès le lever du soleil, nous recevons ses rayons ce qui nous fait du bien. Vers 7h 30, on se lève pour avaler le jus et ensuite je vais me nettoyer dans le ruisseau (la Tourbe coule très près de nous, environ à cinquante mètres). Après-midi de repos. Soirée très calme, nuit de même. Sur la route, le ravitaillement d’artillerie passe sans cesse jusqu’au matin, que d’obus !