Samedi 26 juin 1915

Posté dans la catégorie "Le récit"

Notre équipe part à 6h au poste d’évacuation (ferme Brunehaut). A 7h 30 les obus arrivent près de la ferme, « aussi on en joue un air ». Nous fermons vivement le boyau. La zone de tir est à environ deux cents mètres. Cet espace est passé rapidement et nous sommes maintenant hors de danger. C’est bien  quand on peut le faire…. Les obus rappliquent toujours plus près de la ferme même dedans. Pendant ce temps nous regardons les nuages de fumée noire s’élever aux alentours de la maison à chaque marmite qui s’écrase avec fracas. Cette séance dure environ une demi-heure et le calme revient. Le temps s’est éclairci et le soleil pompe l’eau tombée dans les boyaux hier et toute la nuit. Vers 10h 15 les voilà qui remettent cela ! Les obus tombent plus courts en avant de la ferme où est notre poste et plus à gauche au carrefour (croisement des routes de St-Eloi à Arras et Maroeuil à Neuville).

A notre droite les Boches bombardent impitoyablement Arras et Anzin avec des grosses marmites. Ils vont bientôt nous envoyer des lessiveuses les vaches !

Des grandes colonnes de fumées très épaisses s’élèvent au dessus de la ville ; on entend de formidables détonations. Mais c’est l’habitude. Ils passent leur rage à démolir les pays…  c’est triste et arrogant tout de même.

A 11h 30 nous revenons manger la soupe et d’autres équipes nous remplacent. L’après-midi l’ennemi bombarde différents points autour d’une ferme isolée sur la route d’Arras à environ trois cents mètres de nous. Ceci nous fait même rire et leur gaspillage de munitions nous amuse car nous savons très bien qu’il n’y a personne autour de cette ferme. Nous y passons tous les jours. Il n’y a non seulement personne mais ni dépôt de munition ni aucun ouvrage quelconque.

Nos pièces tirent mais normalement. On parle d’être relevés cette nuit ce qui nous ne fera pas déplaisir. Le séjour au repos est toujours plus agréable que quand on est en ligne. On revit !

Ce soir les taubes viennent survoler nos lignes et se font sonner par nos pièces. Cette fois je serais curieux d’en voir descendre un des leurs. Les nôtres leur font la chasse aussi. Les Boches tirent des shrapnels sur nos avions et fous de colère, ils balancent même des gros noirs. Aucun résultat de part et d’autre.

Sur le ciel bleu se détachent très nettement des petits flocons blancs provenant de l’explosion des obus. Il y en a des milliers, c’est curieux !

Avant de me coucher je prépare tout mon fourbi afin d’être sur pied à toute alerte pendant la nuit.

Vendredi 25 juin 1915

Posté dans la catégorie "Le récit"

Je roupille toute la matinée jusqu’à la soupe afin de me remettre un peu de mes fatigues de la nuit dernière.

Il y a un brouillard très épais qui se dissipe vers 11h ; le temps reste couvert et menaçant. Nous travaillons encore après notre abri. On emplit plusieurs sacs de terre pour retenir celle qui a été mise hier quand voici un second orage qui éclate.

Il faut tout quitter et nous mettre à l’abri. Rien d’anormal. Le canon tonne comme à l’habitude. L’eau tombe en abondance, elle monte à vue d’œil dans les boyaux aussi une veine que notre équipe ne marche pas ce soir.  Nous allons encore passer une bonne nuit dans notre abri ; la pluie tombe toujours mais peu fort à présent.

Jeudi 24 juin 1915

Posté dans la catégorie "Le récit"

Dès le réveil, nous nous occupons nous deux Marius à transformer notre abri. On avait tout simplement creusé un trou pour deux places dans le talus et recouvert avec nos toiles de tentes mais ceci ne suffit plus car nous ne sommes pas garantis des shrapnels.

Nous allons démolir un ancien poste d’observation pour avoir les bois qui nous serviront. On ramène tous les bois sur l’épaule et après la soupe  nous couvrons notre abri de chevrons, de brindilles de bois, de tiges de betteraves et mettons une bonne épaisseur de terre par-dessus. Là nous ne craignons plus rien.

Nous nous dépêchons car le temps s’obscurcit et l’orage est proche. Nous venions d’achever à 15h30 quand les gouttes commencent à tomber et l’orage à se déchaîner : éclairs, tonnerre, canon, en voilà un vacarme !

Malgré cela, il est tombé très peu d’eau. Le temps s’éclaircit, on mange la soupe et nous rentrons au poste de secours pour y passer la nuit.

 

Nous apprenons que ce soir il y a attaque par notre 2ème bataillon à 19 h. Maintenant, plus de coups de fusils on y va à coups de grenades, pétards, bombes asphyxiantes, torpilles etc.… Nous suivons l’exemple des barbares qui sont devant nous (contre eux tous les moyens sont bons).

Voici déjà les blessés qui arrivent et nous faisons plusieurs voyages. Toutes les équipes de la Musique et de la clique sont appelées pour nous aider et notre service terminé, nous rentrons nous reposer à 3h du matin bien fatigués. En faisant les voyages j’ai rencontré des corvées du 156ème allant à la soupe et au ravitaillement.

Je demandai à quelques Poilus si la 4ème Cie était parmi eux pour voir Maurice ou bien avoir des nouvelles de lui par ses copains quand une voix très connue me répond : « c’est Pélacot ! »*. Je m’arrête un moment et nous causons en hâte sur différentes choses ; Finot qui était commis chez L. Lenfumey est là aussi ; quelle joie de se revoir ainsi ! Je demande après Maurice. Ils me disent que la 4ème Cie ainsi que tout le premier bataillon sont en repos depuis quelques jours aussi je leur recommande de lui dire bonjour pour moi quand il sera de retour. Nuit assez calme.

*Pélacot : surnom donné. Monseigneur Pélacot était évêque de Troyes en 1900.  

Mercredi 23 juin 1915

Posté dans la catégorie "Le récit"

Il est tombé un peu d’eau pendant la nuit.Ce matin le temps est couvert et toujours menaçant. Après avoir bu le jus à 6h, nous montons au poste de secours. Dès que nous sommes arrivés, notre équipe ramène un blessé et une autre remonte à notre place. Le temps est toujours brumeux. Il tombe quelques gouttes d’eau. Nous redescendons pour la soupe de nuit. Le soir, repos.

Vers 20h avant le  coucher nous nous promenions en faisant la causette au frais quand tout à coup une détonation se produisit. Un obus vient de tomber sur le talus en face de nos abris  environ à quinze, vingt mètres  de nous. Aussitôt une panique s’ensuivit. L’un se sauve à droite, l’autre à gauche. Tout le monde détale mais par un heureux hasard, personne n’est touché. Il en revient encore d’autres après mais le tir devient plus allongé et un instant après nous rentrons nous coucher.

De minutes en minutes, il arrive encore quelques shrapnels sur la route d’Arras à St- Eloi et les grosses marmites descendent sur Maroeuil. Nous sommes toujours inquiets et prêts à toute alerte mais le sommeil me gagne et je n’entends plus rien pendant la nuit. Encore une frayeur de passée.