Mercredi 27 janvier 1915

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Visite habituelle. Une grosseur me pousse sur la joue gauche. Le major craint un abcès et m’ordonne de mettre des pansements humides très souvent dessus pour le faire mûrir et percer.

L’après-midi à 13h, promenade au dehors par groupes de cinq à six.

Nous rentrons à 13h.  Soupe ensuite. Nuit bonne.

Mardi 26 janvier 1915

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Très bonne nuit. Au réveil café noir et vingt cinq grammes de pain.

A 8h visite médicale. Le major m’ordonne de la pommade camphrée pour mettre dans mon nez  afin de  le dégager.

Soupe à 10h. De bonnes portions nous sont servies, pain blanc de miche et un quart de vin. Le soir à 17h, un demi-litre de bière et même repas, viande et légumes. Je fais connaissance d’Albert Noble de St Lyé*,  auxiliaire à la 23ème section de COA. Nous causons ensemble sur les nouvelles du pays.

Lundi 25 janvier 1915

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A 5h, tous ceux qui partent ce matin,  se lèvent en hâte. On prend le café comme à l’habitude, et l’appel des sortants est fait.

Nous deux Henri on ne se quitte plus. A 5h30 tout le détachement descend l’escalier du bateau et nous nous dirigeons vers la gare, je me retourne encore et je dis adieu au « Ceylan » qui lui, reste là figé dans l’eau du port. Il me laisse un heureux souvenir. Jamais je n’aurais eu l’occasion de voir un port et de visiter ces bâtiments « kolossals ».

J’ai oublié de dire  que le temps était clair et superbe aussi les taubes sont venus errer au dessus de la ville et du port. Malgré la canonnade dirigée sur eux ils ne firent  pas demi-tour et laissèrent tomber quelques bombes en ville (sans causer de dégâts) et plusieurs autres sur le port (beaucoup tombèrent dans l’eau des bassins). Une seule explosa avec une violente détonation et mit le feu à un hangar en face de la chambre de commerce. C’était une bombe incendiaire. Le hangar était de construction en fer et contenait des caisses de pièces pour le montage de machines agricoles (faucheuses, lieuses, faneuses etc.…) ainsi que des balles  de coton et de filasse et des cordages. Le feu s’est propagé très vite et il ne reste que la carcasse en fer.

A chaque fois que les aéros sont signalés aux environs de la ville, un pavillon blanc à raies bleues est hissé sur les tours de la cathédrale. Nous deux,  nous sommes descendus dans les cales de sorte que la bombe aurait eu à traverser l’épaisseur du pont et trois étages avant de percer la cale du bateau et puis rien que de la ferraille. Aussi l’abri était très sûr à cet endroit. Les taubes partis, le drapeau avertisseur disparaît. On remonte et tout reprend sa vie monotone.

Je continue mon départ pour Hardinghen. Arrivés à la gare de Dunkerque nous touchons du ravitaillement pour la durée de notre voyage et à 6h le train siffle et s’élance vers Calais. Ici nous arrêtons pour reprendre la ligne de Boulogne et changer de train, il est 10h et quart et le train pour Boulogne est à 12h 30 alors on nous laisse sortir en ville.

Nous nous promenons nous deux Henri à travers Calais ; on achète charcuterie, pain et nous entrons manger dans un café quelconque. J’écris une carte à mes parents pour marquer mon passage dans cette nouvelle ville jusqu’ici inconnue pour moi. L’heure approchant, nous reprenons notre train à 12h30 vers Boulogne sur Mer et l’on descend à la petite gare de Caffier à 14h. Hardinghen est distant de cette gare de sept kilomètres et les voitures sont là qui nous attendent pour faire le trajet. J’emporte un bon rhume avec moi, un souvenir du navire hôpital.

Nos voitures partent au galop. Nous traversons  Caffiers, Kéti et  arrivons à Hardinghen à 15h. Nous entrons dans la cour de l’hôpital. C’est un ancien couvent ou séminaire transformé en une grande ferme. Voici notre nouveau logement. Les infirmiers sont des coloniaux qui font partie du train sanitaire pour l’instant  en garage dans la gare de Dunkerque.

Nous entrons un par un au bureau pour remettre : billet d’hôpital, livret militaire. Puis nous sommes conduits dans une grande salle où l’on peut tenir une trentaine. Tous les lits sont prêts à nous recevoir et deux poêles ronflent déjà. Un lit nous est affecté et Henri est mon camarade de lit. Nous restons tous deux ensemble. Le système de literie est comme à Gravelines : brancard sur support, paillasse, deux draps, deux couvertures et un polochon. On installe tout notre fourbi à  la tête de lit. La soupe « s’amène », je boulotte fort bien et aussitôt après je me couche. Je suis très fatigué du voyage et mon rhume de cerveau m’empêche presque complètement de respirer. La salle est pleine de malades convalescents arrivés comme moi il y a quelques heures  sortant de Gravelines, de Dunkerque, de Malo les Bains et de Zuydschoote.

Dimanche 24 janvier 1915

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Au réveil, je suis enroué et je tousse. J’ai été pincé hier, je suis pourtant rentré   mais il était déjà un peu tard. Voyant qu’ils recommençaient encore à laver à grandes eaux, l’idée m’a pris de demander à partir plutôt que de rester encore là pour récolter  autre chose. J’en causai à Henri et tous deux d’accord, nous partons au bureau du médecin chef lui demander à partir le plus tôt possible. Il fixe pour le lendemain matin la date du départ. Pendant l’après-midi, il arrive encore un détachement de malades comme il en arrivait tous les jours. En les regardant défiler devant nous, j’aperçois un copain de la Musique Arnoult. Il fut évacué vers le 5 janvier à Dunkerque à l’hôpital « Jean Bart »  pour embarras gastrique et arrive au Ceylan comme moi pour attendre le renvoi sur un dépôt de convalescents.

Vers 15h, nous sommes rappelés au bureau du major pour qu’il puisse établir notre feuille de départ. Il nous dit que l’Aube se trouvant dans la zone des armées, il lui est impossible de nous envoyer en convalescence dans notre famille. Il nous dirige donc sur l’hôpital  temporaire de convalescents d’Hardinghen (Pas de Calais) et, c’est inutile de discuter avec lui.

Aussi nous sortons rapidement sans chercher plus longtemps à comprendre. Il ne veut rien savoir.

A 17h la soupe et aussitôt nous nous couchons après avoir préparé nos ballots pour demain matin car le réveil sera de bonne heure, vers 5h.