Mercredi 30 septembre 1914

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Dans la matinée nous quittons Le Carcaillot  par tous petits groupes pour revenir à la ferme de Méaulte où nous avions mangé la veille au soir. La route étant bombardée nous partons en courant par groupes de deux à trois pas plus.

Un groupe d’artillerie en batterie à proximité de la ferme est repéré par l’ennemi. Le capitaine et plusieurs hommes en observation sur une meule sont blessés par les éclats d’un percutant qui vient d’éclater tout près de la meule. Le reste de la Musique nous rejoint. Dès la veille et pendant toute la nuit ils se sont perdus dans les champs ainsi que le drapeau et sa garde.

Albert dont on aperçoit l’église au dôme doré est bombardée outrageusement, plusieurs incendies y font rage.

A la ferme que nous occupons se trouvent également des réservistes venant de Mâcon pour renforcer le régiment ; la cour est pleine de soldats. Dans le village le 156ème arrive lui aussi et dans cet intervalle il passe un taube* qui repère tous ces mouvements de troupes.  Une demie heure après, alors que le soleil se couchait, voilà les obus qui commencent à tomber sur le village.

Il s’en suivit un bombardement intense. Berthier et moi pensions tous deux être  à l’abri derrière un pignon de la ferme ; il était fort temps que nous n’y restions pas car les obus arrivaient de biais juste au dessus de la ferme. Un sifflement aigu se rapprocha très vite et une forte détonation s’en suivit. La marmite venait d’éclater à environ quatre mètres de nous, traversant une paroi peu épaisse en torchis. L’explosion se produisit à l’intérieur du hangar. Nous fûmes enveloppés par l’épaisse fumée acre dégagée. Le déplacement d’air fut violent. Nous avons été pressés fortement contre le mur et heureusement qu’aucun éclat n’est venu nous frapper.

Alors, nous sortons de notre place noirs comme des ramoneurs avec les sueurs froides tellement  j’ai eu peur.

C’est la première fois que je vois  la mort de si près ; aussi pour ne pas effrayer  mes parents, je ne leur écrirai pas. Ils le sauront plus tard sur mon carnet.

Mais il passa encore deux ou trois obus très près. La frousse ne me quittait plus. Je n’ai pas pu souper ce soir. J’étais détraqué et assourdi  par la détonation, puis le bombardement cessa. J’ai été affolé le restant de la journée. Un seul homme a été tué par la commotion.

Le soir nous partons à la relève à Fricourt ; nous les ramenons à l’aide d’une voiture que nous avons réquisitionnée au village pour les conduire jusqu’à Bray sur Somme.  Nuit calme.

Mardi 29 septembre 1914

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Au loin les obus éclatent. A 3h de l’après midi nous quittons notre emplacement pour nous diriger sur Méaulte où nous arrivons à 16h30. Nous quittons Méaulte après avoir mangé et à la tombée de la nuit on installe notre poste de secours à la ferme du Carcaillot d’où nous partons aux blessés à Bécordel. Ensuite la relève finie nous nous couchons dans les écuries et étables de la ferme.

Lundi 28 septembre 1914

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La bataille s’engage plus au nord ouest. Le 3ème bataillon part toujours avec la Musique dans la direction de Bray sur Somme  que nous traversons pour nous arrêter deux kilomètres plus loin sur la route d’Amiens, où nous passons la nuit derrière une meule. Dès le soir nous comptons à l’horizon neuf incendies.

Nuit bonne, un peu fraîche.

Dimanche 27 septembre 1914

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C’est le commandant Savary qui prend le commandement du régiment. Le 3ème bataillon part en réserve de l’autre côté de l’Eclusier au nord de Cappy, La moitié de la Musique avec le sous-chef l’accompagne. Moi j’étais de reste à Cappy. J’ai coupé à une relève de morts et de Boches. Enfin vers midi mes camarades partis du matin reviennent par le chemin qui longe le canal.

La journée s’achève calme et la nuit de même.