Lundi 7 avril

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Temps superbe. Je pense si toutefois je peux avoir ma permission au bureau du colonel partir par le train de 15h50 au lieu de celui de 19h30. Je réussis à l’avoir, à être soldé pour 15h et bien vite je vais prendre mon train. J’attends longtemps. L’heure du train est passée et ce dernier n’arrive pas. Rebuté de patienter je demande au commissaire de gare pourquoi ce grand retard aujourd’hui alors qu’habituellement ce train passait chaque jour rigoureusement à l’heure. Il me répond que ce train de permissionnaires est supprimé depuis hier et qu’il me faudra  attendre celui du soir.

Il fait beau et au lieu de rentrer au camp je vais me promener sur la grand-route de Châlons* à Troyes.  Si parfois un conducteur d’auto complaisant m’invitait à prendre place dans sa voiture, je n’en serais nullement indigné ; au contraire j’arriverais à Troyes d’assez bonne heure et ma bévue serait réparée.

J’attends sur le bord de la route une heure et demie environ. Suffit que je désire une voiture ou une auto pour qu’il n’en passe aucune. D’ailleurs il en est toujours et souvent ainsi. Enfin tout de même dans le lointain je distingue faiblement au milieu d’un tourbillon de poussière une voiturette s’avançant à vive allure mais plus elle se rapproche de moi, mieux je distingue quel est le genre de voiture qui a l’air de vouloir tout avaler. Que vois je ?… une limousine ! Instinctivement je me range rapidement sur l’accotement pensant que j’avais affaire à une auto contenant quelques galonnés et dont je n’aurais jamais osé héler le conducteur pour lui demander s’il y a place pour moi. Je me résigne à la laisser passer afin d’éviter de fâcheuses méprises surtout quand on tient sa permission dans la poche !…  mais surprise… arrivée à ma hauteur la voiture ralentit et stoppe. Le conducteur qui d’ailleurs est seul est un officier d’artillerie. Avec une voix aimable il me demande si je vais à Troyes ? A ma réponse affirmative, il me prie de bien vouloir monter près de lui pour faire route ensemble et bien entendu j’y cours avec empressement.

Je m’installe sur les coussins et la limousine à folle allure franchit les quarante et quelques kilomètres qui nous séparent de la capitale de la Champagne en une heure et quart environ !

Chemin faisant nous relatons qu’un orage se déchaîne sur la région Troyenne et que bientôt la pluie doit tomber à l’averse en ville. Entre Arcis** et Troyes la route est déjà aspergée de gouttes de pluie qui au lieu de tremper un peu la poussière la transforment en boue au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ville. Les éclairs déchirent rageusement les nuages et le tonnerre roule presque incessamment.

En ville la pluie tombe. Je descends de voiture place de la bonneterie en remerciant et en saluant bien entendu cet accueillant conducteur qui lui au moins considère et aime le « Poilu ».

Bien vite je me rends chez Buat pour m’y abriter. J’arrive à point : on sert la soupe. La pluie passée je rentre bien vite avec sa bécane au foyer paternel.

*Châlons sur Marne devenu depuis peu Châlons en Champagne

**Arcis sur Aube

Du 31 mars au 6 avril 1919

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Nous avons eu le bonheur d’apprendre ces jours-ci que nous devons partir bientôt en permission de détente de vingt jours et que très probablement nous ne retrouverions plus le régiment à Mailly à notre retour. Dans la soirée nous apprenons que nous partons tous (la clique et la Musique) en perme irrévocablement demain.

Pensez, si nous sommes heureux. C’est égal cette décision rapidement prise nous surprend tous. Personne de nous ne s’y attendait de si tôt. Toujours autant de pris en passant… pas vrai ?

Nos départs en perme s’échelonneront à différentes heures de la journée suivant les destinations que nous devons prendre individuellement. Il restera quelques clairons accompagnés de leur tambour-major afin de continuer à assurer le service de garde. Notre voiturier reste également. Le chef et sous-chef s’en vont aussi en perme. Quelques uns partiront demain matin. Le temps paraît devenir favorable.

Du lundi 24 mars au dimanche 30 mars

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Toujours la même vie monotone au camp. Il n’y a presque plus de démobilisables. Le reste prend fin vers le 3 avril. Ensuite il y aura un temps d’arrêt d’une durée indéterminée. Il est probable que tout reprendra sitôt les préliminaires de paix établis et signés ! Mais tout cela paraît tirer en longueur alors que ce temps est précieux. On parle de quitter le camp très prochainement ; direction jusqu’alors inconnue, peut-être Nancy !

 

Temps continuellement humide et froid. Nous poursuivons nos répétitions et concerts seulement trois fois par semaine. Pour les compagnies : gardes, corvées et même exercice depuis que la classe 19 est incorporée dans nos régiments. Le calme paraît se rétablir momentanément en Russie et en Pologne.